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Sur le papier, deux films qui n'ont pas grand chose en commun. Mais en y regardant de plus près, voici deux œuvres qui interrogent la masculinité et les assignations dans le couple, tout en subtilité et émotion.

Zoom avant, une pépite du présent 

Anatomie d’une chute  de  Justine Triet  (France, 2023)  Anatomie dune chute

Palme d’or à Cannes en 2023, le film de Justine Triet s’inscrit dans la pure tradition des films de procès. Au départ du métrage, la chute d’un homme au corps sans vie, retrouvé sur le sol neigeux d’un chalet, dans la banlieue grenobloise. S’agit-il d’un suicide ou d’un meurtre ? Les circonstances de la mort étant des plus controversées débouchent sur un procès, intenté à son épouse principalement suspectée.

De cette œuvre au succès international mérité, on retiendra tout d’abord la rigueur d’une mise en scène présentant les débats contradictoires d’un procès au pénal, lesquels reflètent le moment de la vie d’un couple en pleine crise existentielle. À cette mise en scène, très maîtrisée, s’ajoute la performance d’une actrice remarquable, Sandra Hüller, dont le jeu, tout en retenue, laisse planer un doute persistant : s’agit-il d’une femme lucide quant à la fin tragique de son époux ou d’une meurtrière au sang-froid imperturbable ayant soigneusement planifier son meurtre ? L’art de la mise en scène de Justine Triet entretient et nourrit constamment cette équivoque. Au final, un film à découvrir, parce que ce procès est l’occasion d’observer au plus près le fonctionnement d’un couple, ses zones de faille et de frustration, dont manifestement la réalisatrice dresse ici un portrait aussi précis que vraisemblable.

 

Zoom arrière, un trésor du passé

Le bel Antonio de Mauro Bolognini (Italie, 1960)

Le bel antonio

Dans la carrière de Mauro Bolognini, cinéaste Italien auquel la critique reprocha souvent son maniérisme excessif, surgit cette pépite assumant la forme et la force d’un drame réaliste. Ce film a pour sujet l’impuissance masculine, analysée à l’aune d’une société machiste ne la tolérant pas. La qualité du film l’inscrit donc principalement dans cette dénonciation de préjugés sociétaux, enfermant les êtres dans des postures aliénantes : Antonio est un homme, il doit donc prouver sa virilité dans le couple. Dans le cas contraire, il ne peut être qu’ostracisé et méprisé. À ce titre, Mastroianni joue, à la perfection, ce personnage, s’enfonçant inexorablement et tragiquement dans une solitude à laquelle la société le condamne, du fait de sa double défaillance physique et psychologique.
Tragique destinée que celle d’Antonio, auquel on reproche de n’être que simplement lui-même… Le regard du cinéaste, aussi délicat qu’empathique, dresse ici le portrait de la condamnation d’un homme, par une société intolérante et brutale, au regard des jugements précipités qu’elle entend arbitrairement exercer. Assurément, une œuvre importante et un classique du cinéma italien d’après-guerre.